Interprète et chorégraphe en danse
Inertie du laboratoire A SAFE SPACE














































Je suis une personne queer, un optimiste entêté au coeur d’activiste. Je crois au partage, l’amour radical, la justice et la survie par l’entraide. J’entend m’associer avec quiconque voudra créer des œuvres artistiques, sociales ou environnementales qui sortent des théâtres et créent des ponts entre et avec les communautés.


Mon parcours est marqué par le voyage et la danse. Né à Trois-Rivières, diplômé de l’École supérieure de ballet du Québec à Tiohtià:ke (Montréal), j’ai vécu deux ans en Asie, travaillé pour Ballet BC sur les territoires Coast Salish (Vancouver) et participé à de nombreuses tournées en Europe et Amérique du Nord avec la compagnie Cas Public.


Plus récemment, j’ai eu la chance de travailler avec Virginie Brunelle; Lo Fi Dance Theory; Le Fils d’Adrien danse; Grand Poney; Morgane Le Tiec; Les 7 doigts de la main; et Fleuve Espace Danse.


Quand la pandémie a commencé, j’ai d’abord mis la danse de côté et me suis lancé dans un travail physique sur une ferme. J’avais trop d’énergie à dépenser et mon appartement sur le plateau était trop petit pour que je danse dans ma chambre sur Zoom. Ma motivation venait également d’une envie de me sentir utile à la société. À l’époque, je n’arrivais plus à voir la pertinence de mon métier en danse parce que l’urgence était encore trop présente.


Cependant, après avoir passé un été complet à visiter de nouvelles postures, à me dépayser sur le territoire du Kebec, à me lever avant le soleil et à plonger mes mains dans la terre, à écouter et dépendre du climat, la nature, ses cycles et ses rythmes, j’ai pu reposer mon corps-esprit marchandisé depuis son enfance et réorienter mes énergies vers l’utile tout en planifiant mon retour à la ville et au mouvement.


Après mûre réflexion et par pure évidence, je peux maintenant affirmer que la danse est importante parce qu’elle nous procure du plaisir. Voilà. Juste ça, ça devrait être assez pour être convaincu.e.s de son rôle primordial au quotidien. Mais la réalité des valeurs contemporaines capitalistes fait qu’on estime le plaisir comme secondaire, voire même illusoire ─ alors que le plaisir est fondamental pour le bien-être de soi et d’une société. Le micro et le macro étant intimement liés : si l’individu.e est épanoui.e, la société le sera. Mais l’inverse s’applique moins bien.


Le rôle de la danse dans nos sociétés néo-coloniales est de délier les noeuds du corps contemporain qui a trop longtemps été moulé par le capitalisme. La preuve, les seules postures qui sont respectables dans l’espace public sont les positions debout et assise. Pourtant, le corps détient d'innombrable possibilités de configurations. Et la danse agit comme rappel de ce champ des possibles. Elle est fondamentale à l’expérience humaine. Elle est innée à toustes.


D’observer nos traumas collectifs et personnels jaillir à la surface en ces temps précaires de pandémie et de changements climatiques, la danse devient définitivement l’une des ressources à exploiter dans l’optique d’un long processus de guérison et un facteur essentiel vers l'élaboration d’une culture of care (aide, entraide, soin, entretien, soutien).

La danse est une langue en soi, un moyen d’expression au-delà des mots, à l’essence de notre communicabilité en tant qu’humain.e.s. Le langage corporel détient davantage de vocabulaire que les langues parlées, par exemple, par ses multiples subtilités. Cessons de nous laisser distraire et pratiquons l’écoute de nos gestes, postures et sensations,et ainsi faciliter cette inévitable cohabitation.

La pratique du mouvement au quotidien pour le simple but de ressentir du plaisir et pratiquer l’auto-découverte provoque en moi l’expansion de ma curiosité et me donne la créativité et la discipline nécessaire pour agir vers un avenir meilleur. Un monde où la justice, l’équité et la solidarité sont choses communes. 


Durant l’été de la pandémie, avant et après mon emploi sur la ferme, avec 13 autres professionnel.les de la danse, j’ai répondu à l’appel de Sébastien Cossette-Masse de créer une pièce chorégraphique DANSER:DONNER spécialement dédiée à nos aîné.e.s. Tout l’été nous avons fait la tournée des résidences et CHSLD du Québec, histoire de poser un baume de poésie et de danse dans leur quotidien.

J’ai aussi été amené à repenser le projet A SAFE SPACE que j’avais entrepris à l’été 2019 en qualifiant son existence en temps de pandémie comme une renaissance. Au lieu d’infliger à ce projet une identité fixe, par exemple ‘’partition chorégraphique’’, j’ai voulu lui donner la chance de façonner son identité soi-même, au fur et à mesure que les besoins de la communauté de la danse de tiohtià:ke se manifestent, ainsi que ceux de la communauté LGBTQ+.

Je vois en ce projet une opportunité de grandir par le partage et la collaboration. A SAFE SPACE est un peu mon alter-égo, ou plutôt, ma motivation et le rappel constant de la personne et du monde que je veux devenir.






︎




photos par mickaël a. bandassak