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Ressentir le vivant





À la recherche de nouvelles sensations, plutôt que de s’aventurer dans sa propre chair et dans les fins fonds de son paysage intérieur, l’humain préfère tourner son attention et ses espoirs vers la technologie. La technologie détiendrait la promesse d'améliorer les capacités monotones de notre chair et nous donner accès à un sens des possibles au-delà des réalités terrestres : des réalités virtuelles. Alors qu’un accès à des dimensions invisibles pour les yeux est intégralement disposé dans chaque humain, c’est vers la création d’outil matériel, pensé et contrôlé, que nos efforts sont déployés. La magie, le mystère et les merveilles mises à notre disposition dans notre fort intérieur sont pourtant des forces puissantes d’interconnexion au monde. Elles représentent le passage gratuit, quoique non pas sans effort et volonté, vers des sensations dont les mots ne sauraient leur rendre justice. 

La technologie que nous créons nous gonfle l’égo, nous gave d’une illusion de supériorité face au reste du vivant et nous en éloigne davantage. Certes, grâce aux sciences nous pouvons maintenant calculer, quantifier et mesurer le vivant. Mais à quelle fin ? Cette technique d’étudier le vivant est celle même qui nous distance de notre sujet d’étude. Si l’obsession qu’a l’humain de comprendre le monde est si importante à ses yeux, alors il devra délaisser le contrôle, lâcher prise, et faire confiance en la puissance de l’observation, la contemplation et le sensible. Devoir tout calculer, quantifier et mesurer le vivant sans jamais s’arrêter, écouter et se brancher aux flux et aux agissements interreliés du vivant, c’est contre-productif. C’est littéralement une faille dans leur logique. Employons une manière de penser productiviste pendant un instant : ce n’est pas stratégique, d’un point de vue d’efficacité, si ton objectif est de comprendre le vivant, d’essayer de le

comprendre seulement rationnellement, par les chiffres et les mots. Si nous avons un corps, de la chair, un système nerveux et des sens, c’est pour pouvoir vivre avec, contre et au risque du vivant, parce que nous en faisons partie. Notre capacité de ressentir est essentiellement ce qui nous lie au reste du vivant. C’est notre porte d’entrée vers d’autres manières d’agir, d’interagir et de ressentir le monde.