Artiste indisciplinaire, chorégraphe et enseignant, Nicholas Bellefleur explore un monde en constante mutation — queer, post-humaniste et radicalement vivant — dans lequel l’art, la danse et être ensemble deviennent un espace de soin, de résistance et de métamorphose.
Après avoir collaboré de près avec Andrea Peña, Virginie Brunelle et Wynn Holmes, Bellefleur fonde le proto studio à Tiothiake (Montréal), un centre d’art auto-géré, un lieu des possibles où toute personne détenant un corps peut danser.
Après avoir collaboré de près avec Andrea Peña, Virginie Brunelle et Wynn Holmes, Bellefleur fonde le proto studio à Tiothiake (Montréal), un centre d’art auto-géré, un lieu des possibles où toute personne détenant un corps peut danser.
MIRAGE CORPORATIF
404: MOTHER NOT FOUND
RAVERIE
LA NUIT NOUS APPARTIENT
A SAFE(R) SPACE
PRAXIS
LFDTCLASS
SLOWCLASS
PROTO
CONTACT
© BELLEFLEUR 2027
Festival Quartiers Danses 2025
DAC’OR 2025 (extrait)
MIRAGE CORPORATIF x COWORKER
proto studio 2025
404: MOTHER NOT FOUND
Meat Factory 2025
Fringe MTL 2025
Ouverture de
ROYALMOUNT 2024
RAVERIE
Fierté MTL 2024
LA NUIT NOUS APPARTIENT
Festival Carrefour 2024-25
A SAFE(R) SPACE
Tangente 2022
Vue sur la Relève 2021
Short & Sweet 2020 (extrait)
Festival Quartiers Danses 2019
Virginie Brunelle
Wynn Holmes / LFDT
Dave St-Pierre
Dana Gingras / AOD
Sébastien Provencher
Harold Rhéaume (FDD)
Les 7 doigts / 7 Fingers
Fleuve Espace Danse
Gioconda Barbuto
Sadler’s Wells
Espace Go
Théâtre Maisonneuve
Lugano Arte e Cultura
Opéra de Paris
London Opera House
Théâtre St-Denis
Le Grand Théâtre de Québec
Ariane Moffatt, Soleil Denault
2025
MANIFESTO 6.58, film de danse
Andrea Peña & Artists
2022
CUBED, vidéoclip
Baile, House of Youth
2021
Passepied, vidéoclip
Jean-Michel Blais
2021
LE.DÉFI.DE.L’AMOUR., vidéoclip
Lumière
2021
Danser, docu-fiction
Artv 2014
ILS DANSENT! avec Nico Archambault, série documentaire
Radio-Canada, TV5
2011
Last Updated 24.10.31
Entre reflet et alternatives : l’artiste face au déficit collectif de l’imagination.
Sur scène : cinq corps. Blancs. Éparpillés dans l’espace, à la verticale, chacun dans sa gestuelle répétitive. Ils ne se touchent pas. Ils cohabitent. Subtilement, très subtilement, quelque chose se transforme. Leurs mouvements s’agencent, se contaminent. S’harmonisent. Ils se rapprochent. Forment une ligne. Et une fois cette ligne faite… elle se verrouille. Plus de sortie. Les cinq tournent ensemble autour d’un axe central, à tout jamais...
C’est hypnotisant. Physique. Cosmique presque. Comme si on observait la terre tourner. L’engrenage d’une machine. Une horloge qui s’emballe ? Le tempo s’accélère. La musique aussi. D’abord minimaliste, puis électro, puis soudainement du gros rock. Brutal. Et pourtant… le public embarque. On est tous happé·es. En transe.
Des fois, un danseur sort de la ligne, explose, s’agite. Il goûte à autre chose. Mais finit toujours par revenir. Parce que le système est plus fort que l’individu. Et la machine continue. Plus vite. Encore plus vite. Jusqu’à l’épuisement.
Puis : effondrement.
Les corps tombent. Les lumières s’éteignent. Et le public se lève, crie, en délire.
Moment rare et puissant pour la danse contemporaine québécoise. Ce sentiment d’euphorie partagée, nos coeurs en cohérence, et une fatigue sur scène à laquelle on peut s’identifier.
Je pense que cette œuvre, parmi tant de jolies choses, vient agir comme un miroir. Un reflet de notre fatigue collective. De notre persistance, malgré tout. Même quand on ne sait plus pourquoi on continue. C’est comme si Les Jolies Choses arrivait à mettre en scène ce flou qu’on porte tous·tes un peu en nous. Cette illusion qu’on n’a pas vraiment le choix. Cette croyance enracinée que c’est comme ça qu’on doit vivre. Point.
Ça me ramène à Mark Fisher1 et ce qu’il appelle
« l’impossibilité d’imaginer UN MONDE APRÈS LE capitalisme.»
Et moi je pense souvent à ça comme un déficit d’imagination. Un engourdissement. Une perte de puissance sur nos désirs. Sur nos peurs. Une forme de conditionnement.
Paradoxalement, je pense qu’au niveau de l’inconscient, cette oeuvre parle aux atomes dans nos corps, à notre conscience cellulaire, au souvenir d’être étoile. Notamment à cause de la formation en rotation. Le cercle, ou la spirale, fait profondément partie de nous et du monde, qu’il nous rappelle notre connexion à plus grand que soi.
Mais je pense vraiment qu’il est question ici du capitalisme. Parce que si c’était une œuvre qui explore le sublime, l’extase, la communion ou la transe — comme ces cérémonies ancestrales incarnées qui élèvent nos états de conscience — elle ne pourrait pas être aussi parfaite. Elle ne pourrait pas être aussi propre. Cette précision s’effondrerait. Ce qui me pousse à associer cette pièce au capitalisme, c’est la répétition. La rigueur presque militaire du sautillement constant. L’accumulation mécanique. Ce sentiment d’inévitabilité. Ça résonne avec le tempo de nos systèmes : toujours plus vite, toujours plus, toujours en avant — jusqu’à l’effondrement.
Et là où je suis encore en train de réfléchir, c’est ici : qu’est-ce qu’on fait, après, quand un miroir aussi limpide nous est tendu ?
Est-ce que ça nous réveille ? Est-ce que ça nous libère ? Ou est-ce que ça nous confirme dans notre impasse ?
Si on reste juste avec la première réaction – se sentir vu·e, validé·e, bouleversé·e – mais qu’il n’y a pas de suite, pas de questionnement, est-ce que ça change vraiment quelque chose ? Est-ce que ça ne risque pas, au contraire, de renforcer ce qu’on vit déjà, sans offrir d’issue ?
Un ami à moi qui a vu et conçu beaucoup de danse dans sa vie, m’a avoué y avoir perçu quelque chose de fasciste. C’est choquant comme mot. Je ne pense pas qu’il parle de l’intention, ni de l’équipe derrière. Je pense qu’il parle du ressenti. De cette sensation d’être pris dans quelque chose d’implacable. Et d’y adhérer, malgré soi. D’aimer ça, même. Est-ce qu’un spectacle peut séduire au point de neutraliser l’esprit critique ?
Je ne sais pas.
Moi, dans mon propre travail, je me pose de plus en plus cette question : est-ce que je veux refléter le monde ? Ou est-ce que je veux proposer autre chose ? Est-ce que je peux faire les deux ? Est-ce que c’est possible de créer des brèches, même minuscules, vers autre chose ? Vers un futur pas encore pensé ?
J’ai pas de réponse. Mais je sais que je veux essayer. Parce que même si je me reconnais dans la fatigue montrée dans Les Jolies Choses, j’ai aussi soif de possibilités. De déraillements. De rituels de désobéissance. De fiction collective. D’imaginaire en feu.
Peut-être que le miroir est nécessaire.
Mais moi, j’ai besoin d’un portail.
Sur la responsabilité du public ou de l’écosystème artistique:
Je crois que nous sommes tous·tes capables de réfléchir, de déconstruire, de remettre en question ce que nous voyons, entendons, ressentons. Ce que j'essaie de dire ici, c'est que cette introspection ne peut pas être laissée au hasard. Quand l’œuvre nous tend ce miroir, elle nous invite à un travail. Si le seul retour qu'elle nous laisse est celui de la réaction immédiate, de la validation de notre expérience sans invitation à l’explorer plus loin, est-ce que nous allons réellement questionner le système qui nous englobe, ou simplement l’accepter pour ce qu’il est ? Le danger réside dans cette absence de suivi, dans le risque de ne jamais aller au-delà de la surface des émotions qu'une œuvre peut éveiller. C'est là que, même si je crois fermement dans la capacité du public à s'engager, je m'inquiète de ce que cet engagement reste trop souvent bloqué à un premier niveau de lecture, sans possibilité de sortir de la boucle.
Texte écrit par
Nicholas Bellefleur 2025
© BELLEFLEUR 2027